Chroniques du pays des mères

Au Pays des Mères, quelque part sur une Terre dévastée du futur en train de se remettre lentement, les hommes sont très rares. Seules les Captes des Familles ­ les Mères ­ font leur enfantes avec les Mâles. Les autres femmes doivent utiliser une forme hasardeuse d’insémination artificielle.
Lisbeï et Tula ne s’en soucient pas trop : filles de la Mère de Béthély, elles grandissent ensemble, soeurs et amies. Mais Lisbeï se révèle stérile ; ne pouvant être la Mère comme elle en avait rêvé, elle doit quitter Béthély, et Tula.
Devenue « exploratrice », elle accomplira un autre de ses rêves : découvrir les secrets du lointain passé du Pays des Mères.

Mais certains rêves sont difficiles à vivre…

#Comment ce livre m’est-il tombé entre les mains ?

J’ai reçu ce livre dans une box littéraire Exploratology. J’avoue que si la thématique m’a tout de suite intéressée, la taille du livre – presque 800 pages – m’a un peu intimidée. Mais lorsque j’ai senti que le moment était le bon. Alors je me suis lancée. Et je ne le regrette pas, ce roman est un chef d’oeuvre.

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#Science-fiction et féminisme

Dans les Chroniques du pays des mères, nous sommes plusieurs siècles après le Déclin, comprenez quand notre société a tout fait foirer. Première bonne nouvelle, l’humanité a survécu. Autre bonne nouvelle, la société est dorénavant matriarcale. Ce renversement des “valeurs” est l’un des points forts de ce roman. Ce sont les femmes qui occupent les postes de pouvoir les plus stratégiques. L’autrice n’est pas tombée dans le piège de cantonner les hommes à un simple rôle de reproduction. Officiellement, ils ne sont pas inférieurs aux femmes. Mais la croyance officielle dans le roman est bâtie autour d’une faute commise par le sexe masculin et la société semble avoir intégré le même sexisme que celui du nôtre, mais dirigé vers les hommes. C’est justement le parallèle avec notre société qui peut faire prendre conscience de combien les inégalités entre les femmes et les hommes gangrène notre vie de tous les jours. Élisabeth Vonarburg nous dresse un portrait de notre société édifiant, mais délicat.

Concernant la croyance, Élisabeth Vonarburg a développé une religion de toutes pièces qui, par certains aspects, n’est pas sans ressembler à la religion chrétienne. Les aléas et les découvertes de nouveaux documents mènent à des réflexions autour de la nécessité d’adapter les croyances à la situation actuelle. Cela occasionne des débats entre historiennes et croyantes passionnants.

Ce que j’ai beaucoup apprécié, c’est la “redécouverte” de notre société par les humains de l’époque des Chroniques. À l’époque du récit, les ressources naturelles font l’objet d’une utilisation raisonnée. L’exploration mène à la mise au jour de reliques des temps anciens. J’ai aimé assister à ces découvertes. L’autrice ne nous explique bien entendu pas ce à quoi les héroïnes ont à faire, j’ai aimé tenté de deviner. Elle parsème également son récit de considérations sur l’utilisation abusive des matériaux. J’avoue que j’aurais cependant aimé en savoir plus sur le Déclin et les mauterres, ces lieux où il ne fait pas bon vivre. Mais c’est bien le seul point que j’aurais à soulever, le reste étant suffisant pour occuper presque 800 pages.

Si les rôles sociaux sont inversés, il en va de même pour la langue. L’autrice a accompli un formidable travail linguistique qui s’avère très convaincant une fois qu’on a pris le pli – le temps de quelques pages. Grammaire, orthographe, manière de parler, tout est axé autour du féminin et je dois dire que j’ai été scotchée par cette prouesse. L’écriture d’Élisabeth Vonarburg de manière générale est de grande qualité. Ce n’est pas un roman qui fourmille de péripéties, mais qui s’avère au contraire contemplatif et tourné vers la réflexion. Il faut du temps pour développer le récit d’une société aussi complexe à relier au passé. Mais l’autrice a pris le temps, elle a réussi.

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#En bref

Chroniques du pays des mères est un roman qui compte et qui me restera longtemps en mémoire. La plume de l’autrice est d’une qualité impressionnante, le récit d’une richesse incroyable et les réflexions que le roman engendre sont fascinantes. Bien entendu, je vous le conseille.

Chroniques du pays des mères.- Élisabeth Vonarburg.- Ed. Folio SF.- Disponible

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