Chants de totems

Pour ce second Périple Mythologique, 13 auteurs ont chaussé leurs mocassins et sont partis sur les traces des légendes amérindiennes.
Enquête dans les terres apaches, manifestations surnaturelles chez les Hopis, mystères polaires des Inuits, mémoire des Sioux encore hantés par la Ghost Dance et Little Big Horn…
L’oiseau-tonnerre traverse le ciel. Sous ses ailes déployées chantent les ultimes totems.
Alors approche, ami lecteur. Viens en paix, prends place, et que le souffle du Grand Esprit, bienveillant ancêtre sous sa coiffe enrichie de ces treize plumes, bénisse ta lecture.

Je le confesse : je ne connais pas grand chose aux légendes amérindiennes, je me suis donc lancée dans l’inconnu le plus total avec cette lecture. Au risque de vous spoiler, j’ai beaucoup apprécié cette lecture. 

Chants de totems est un recueil de 13 nouvelles de très bonne qualité mais proposant des univers au final très différents et originaux. En un mot : les auteurs ne se contentent pas du far-west du XIXe siècle mais envisagent de nombreux arcs narratifs et géographiques. Pour notre plus grand plaisir.

Les auteurs n’hésitent donc pas à sortir des sentiers battus. Ils offrent des visions très intéressantes de la culture, des mythes et des croyances amérindiennes. La plupart donnent envie de s’y intéresser plus avant. Un exemple ? La nouvelle « Le dernier ours d’arctique » de Vanessa Terral. L’histoire fourmille d’informations et de pistes parfaites pour démarrer des recherches sur le sujet. Aucun auteur n’a pris ce sujet à la légère et traitent avec respect de cette culture millénaire. Ils connaissent leur sujet, ça se voit et ça fait plaisir à lire. 

Le recueil est bien construit. La longueur des nouvelles varie et on navigue entre les univers sans vraiment s’en rendre compte. Un peu comme si on écoutait un conteur qui nous emporte dans un univers, puis dans un autre… bref, un plaisir. 

The chosen one

J’ai apprécié ce recueil, je l’ai déjà dit. Mais si je devais en choisir une en particulier… Il s’agirait de « La grotte de l’indien » de Pierre-Alexandre Sicart. Il s’agit d’une nouvelle très courte mais vraiment bien construite. Je me suis laissée imprégner de son ambiance si particulière. Cette nouvelle est très poétique et démarre dans une ambiance far-west commune. Mais on s’en éloigne bien vite et on plonge dans une sorte de légende au twist final surprenant. 

Je ne vous en dirai pas plus, mais la sensibilité de la plume de l’auteur fait de la lecture de sa nouvelle une vraie parenthèse hors du temps qui ne dure malheureusement que quelques pages… Presque un état de grâce. 

#En Bref

Si comme moi vous n’y connaissez rien question mythologie et croyances amérindiennes, n’ayez pas peur de vous lancer dans la lecture de Chants de totems si vous tombez dessus. Vous passerez vraiment un très bon moment de lecture. Et peut-être même que vous aurez envie d’en apprendre plus sur ces civilisations que l’on connaît au final assez peu…

DarKrün


« Derrière lui, il sentait la pression de tout un peuple. Il entendait la respiration d’un million d’individus. La tension était à son comble. Manlöck se replia sur lui-même pour se concentrer au maximum. Il savait qu’il ne gagnerait probablement jamais cette course, le DarKrün. Mais qu’avait-il à perdre ? »
Un puits sans fond dans un village d’Afrique d’où s’échappent, la nuit, d’étranges créatures buveuses de sang; un arbre magique dissimulant un trésor jalousement gardé par des fées; un corset qui confère un pouvoir fascinant à celle — ou à celui — qui le porte; deux frères qui tentent de s’échapper des enfers; une course folle dans un désert qui ne connaît jamais la nuit…
Des plaines de Mars à la savane africaine, du Moyen Âge au plus lointain futur, 15 nouvelles où le fantastique, la science-fiction, le merveilleux et l’horreur sont pour Pierre Brulhet autant d’occasions de laisser s’exprimer un imaginaire riche et multiforme.

Après plusieurs contes et un roman fantasy, voici enfin un recueil des nouvelles de Pierre Brulhet. Et la première chose qui m’est venue à l’esprit après cette lecture : il devrait en publier beaucoup plus ! J’ai toujours trouvé le genre de la nouvelle assez compliqué, car il requiert de raconter une histoire en quelques pages seulement, d’aller à l’essentiel tout en prenant le temps de poser une ambiance.
Darkrün expose différents genres littéraires montrant l’attachement de son auteur aux littératures de l’imaginaire. Si certaines nouvelles tournent autour du conte, d’autres visent la science-fiction, le fantastique horrifique cher à Lovecraft, du post-apocalyptique et même de la fantasy !
Les textes projettent facilement leurs lecteurs dans leur univers grâce à une narration concise, efficace et fluide. Certes ce recueil ne fait que 200 pages environ, mais il est riche en aventures diverses à vivre via la lecture.
Un exemple ? La première nouvelle « Trésor de l’arbre » nous propulse dans un univers médiéval, au coin du feu. Malgré sa fin pour le moins violente, l’histoire reste bien contée.
Car le gros point fort dans l’écriture de Pierre Brulhet est de nous plonger dans des univers très différents en l’espace de quelques pages, et surtout sans artifice d’écriture apparent. Mais c’est souvent quand cela semble être fait sans efforts que cela cache bien un énorme travail !
Plusieurs genres littéraires sont exploités dans ce recueil, et c’est une bonne chose. Mais c’est aussi le défaut de cette qualité, car certains devraient un peu être laissés de côté au profit d’autres que je trouve bien meilleurs. C’est le cas des nouvelles horrifiques d’inspiration lovecraftienne que j’ai beaucoup apprécié, et qui mérité d’être davantage développées.
#En Bref

La couverture que je trouve franchement laide mise à part, Darkrün est un recueil de nouvelles de qualité. La facilité avec laquelle j’ai plongé dans les différents univers et la qualité de la narration rendent cette lecture vraiment attrayante, et vous avalerez ces 200 pages très rapidement, faites-moi confiance !

Darkrün.- Pierre Brulhet.- Ed. La Clef d’argent

Ex Machina


Notre plan de vol comportera quatorze étapes dans les fumées de vapeur où tout participe de la machine : prothèses, automates humains et animaux, et même dragons, engins volants, flottants, submersibles…
Le voyage nous conduira depuis les toits de Paris jusqu’aux étranges Royaumes d’Égypte, en passant par les territoires américains et les confins de l’empire spatial britannique.
Sachez que cette croisière n’est pas seulement géographique : nous y explorerons des XIXe siècles uchroniques et féeriques, mais aussi des anticipations angoissantes et des passés parallèles.
Les rêves eux-mêmes n’y échappent pas…
Alors, qu’attendez-vous pour embarquer ? » Fabien Clavel



C’est un résumé prometteur que nous proposent les éditions Elenya et Fabien Clavel, un long voyage dans différents univers, mais appartenant tous à la mouvance steampunk. Et le recueil démarre en fanfare (de cuivre et de vapeurs) avec une très bonne nouvelle de Fabien Clavel, un auteur dont j’apprécie beaucoup l’écriture.

Mais toutes les nouvelles ne sont pas de la même qualité. Il y a même une importante disparité entre les textes, dont certains sont bien en dessous de ce à quoi je m’attendais en lisant le texte de Fabien Clavel. Mon avis n’a pas pour but de clouer au pilori les auteurs de ces nouvelles ni de critiquer le choix des éditeurs, ne sachant pas à quoi ressemblaient les autres nouvelles. D’autres étaient agréables à lire bien qu’un peu complexes à appréhender sur quelques pages seulement. C’est le cas de « Brumes boréales » de Feldrik Rivat. On retrouve la sophistication de la plume de cet auteur que j’apprécie également.

Mais il y a aussi dans ce recueil quelques nouvelles qui m’ont énormément plû, quelques pépites dont il faut parler. Ce qui suit est un bref avis sur chacune de mes nouvelles préférées.

« L’Avaleur de nuages » de Tiphaine Levillain
Un texte très bref il est vrai, mais à la narration concise qui convient bien. On retrouve (tout aussi brièvement) des elfes, un lutin et des créatures éthérées. L’action de base mêle le récit de voyage (et les découvertes qui vont avec) et l’action. On a pas le temps de s’ennuyer et je pense qu’il y a matière à développer cette histoire !

« Les promenades nocturnes » de Floriane Soulas
Le Petit Chaperon rouge. C’est ce à quoi m’a fait penser cette jeune fille qui parcourt la ville de Londres la nuit et écrit des romans à succès sur lesquels son frère appose son nom. Mais cette fille n’a du personnage des contes que la cape écarlate. Pour le reste… elle est plutôt du genre serial killer

« Le Nouvel employé » de Camille Courtin
Un homme de modeste condition qui prend le train pour aller remettre les plans d’une machine prometteuse… Jusqu’à ce trajet où il fait la connaissance d’une femme qui cherche à lui ouvrir les yeux. J’ai apprécié le genre de l’intrigue. Cette nouvelle, bien que triste et un peu cousue de fil blanc, se révèle bien construite et agréable à lire.

« Dernière absinthe à Paris » de Dean Venetza
Attention, il s’agit de la nouvelle coup de cœur de Fabien Clavel, et cette mention est affichée à la fois au début du texte et dans le sommaire. Du coup, j’ignore si le fait qu’il s’agisse de l’un de mes textes préférés est dû uniquement à la lecture ou si cette mention a joué un rôle.
Encore une fois, je ne suis pas à la place de l’éditeur, mais j’aurais trouvé plus judicieux de le noter qu’à la fin du texte. Mais ce n’est que mon avis.
C’est un texte au final assez poétique et légèrement ironique que nous propose l’auteur, un dialogue sur les toits de Paris entre un Indien et un autre jeune homme… Je ne vous en dirai pas plus sur l’identité de cette seconde personne, c’est le clou de l’histoire (bien qu’a posteriori, les indices dans le textes sont révélateurs)…
Le fantastique et le steampunk ne sont présents ici qu’en filigrane, et cela participe clairement de la qualité de cette nouvelle, outre son contenu évidemment.

Enfin, est-il besoin de préciser que j’adore la couverture du recueil, illustration signée Mathieu Coudray ?

#En bref


Ce recueil n’est pas à proprement parler un coup de cœur, à cause des quelques textes que j’ai trouvé bien en dessous des autres que je viens d’évoquer. Néanmoins, j’ai passé de bons moments de lecture avec ce recueil Ex Machina. 

Ex Machina.- Collectif.- Ed. Elenya

Nouvelles peaux



Et si tout devait recommencer ? Un meurtrier reçoit des sms d’outre-tombe, la mort s’invite en combinaison vinyle à une soirée lubrique, des momies philosophent sur les tombes, une fille muette hante une école abandonnée… Alors que le monde moderne pensait être débarrassé des hantises du XIXe siècle, d’étranges phénomènes perturbent à nouveau les quotidiens. Un homme prétend invoquer la peste, des étudiants en médecine mènent des expériences sur le magnétisme, un téléphone ne veut plus s’arrêter de sonner, …
Du Chat noir au Corbeau, dix auteurs réinterprètent à leur façon les Histoires extraordinaires et autres nouvelles tirées de l’œuvre du maître du fantastique, Edgar Allan Poe. Il faudra affronter le surnaturel, l’invraisemblable et la folie, perdre tous ses repères, pour arriver au bout de l’horreur.


Nouvelles peaux est un recueil collectif d’une petite dizaine d’auteurs publié aux éditions Luciférine. Petit point intéressant sur le nom de cette maison d’édition : rien à voir avec le diable ! La luciférine est (d’après ce que l’on m’a dit) un composant chimique qui permet aux lucioles de luire dans la nuit. 


Ce petit recueil de 140 pages m’a été présenté par l’un des auteurs, et c’est avec beaucoup de curiosité que j’ai commencé cette lecture. Il faut dire que j’aime beaucoup Edgar Allan Poe, et lire des réécritures modernes est pour moi un autre moyen de prolonger l’oeuvre de l’auteur américain du XIXe siècle. Beaucoup de curiosité donc, et je dois dire qu’elle a été satisfaite ! Nouvelle Peaux a été une vraiment très bonne surprise avec une bonne qualité globale des nouvelles qui composent ce recueil et rendent un bel hommage au recueil (Nouvelles) histoires extraordinaires. 

Les auteurs nous proposent une véritable plongée dans l’horreur. On ne sort en effet de nouvelle que pour plonger dans une autre parfois pire. C’est effectivement une véritable descente aux enfers que connaissent les personnages. 
Mais c’est aussi un voyage dans les méandres de l’âme humaine, dans ses réactions physiques que psychologiques. Croyez-moi, on se remet en question quant à ce que l’on ressent en s’imaginant confronté à cette question. Et franchement, y réfléchir peut bousculer l’ordre des pensées tout au long de la lecture. 

L’ambiance occupe une place capitale dans ce recueil, au même titre que celle dans l’oeuvre de Poe. On passe du cauchemar à l’évocation d’un rêve (qui ne finit pas bien, malheureusement. Néanmoins, cette lecture a été un plaisir. 

Néanmoins, je n’ai pas apprécié toutes les nouvelles présentées. Si elles sont toutes horrifiantes, certaines sont pour moi de meilleures qualité que d’autres. Parlons tout de suite des choses qui fâchent, je n’ai pas aimé la nouvelle « Le Masque de la mort lente ». L’ambiance y est, certes, mais amenée avec grands renforts de glauque, de vulgaire pour le vulgaire sans vraiment d’autre but que de choquer. Bien entendu, cela reste mon avis. 
D’autres m’ont plu, à cause de leur histoire bien entendu, mais également à cause de la manière dont elles ont été écrites. Certaines réussissent à amener le sujet avec rapidité et efficacité sans perdre de leur force, comme « La Valise » par exemple. D’autres au contraire, ont eu besoin de plus de développement mais pour un résultat tout aussi réussi. 


#En Bref

Nouvelles peaux est un recueil plaisant à lire dont la qualité est indéniable. Toutes les nouvelles, qu’elles m’aient plu ou non méritent d’être lues, et je ne regrette pas ces moments, certes guères rassurants, mais captivants !

Je vous le conseille!

Nouvelles Peaux.- Collectif.- Ed. Luciférine

Montres Enchantées


Indécis entre fuite et union, le temps est un amant insaisissable. Omniprésent, dès qu’on le regarde, il s’efface pourtant, déjà évanescent. Inlassablement, il permet croissance ou use jusqu’à l’extinction. L’être humain pourchasse depuis toujours ce dieu créateur et destructeur, en quête de son asservissement. Secondes, minutes, heures… L’esprit cartésien a beau le fractionner, il n’en demeure pas moins incontrôlable.
Et si la relecture de notre passé, de notre culture, ou encore du progrès scientifique nous en accordait la maîtrise, l’Homme saurait-il mieux gérer son temps ?
Plongez-vous sans perdre une minute dans cette anthologie et peut-être, parmi ses pages, percevrez-vous le tic-tac de ces montres enchantées ?


Un recueil de nouvelles sur le thème « Montres enchantées », le tout à résonance steampunk. Voilà ce que nous proposent les éditions du Chat Noir dans ce recueil. J’apprécie de manière ce genre de livres, car une nuée d’auteurs nous offrent dans leur travail leur vision de la thématique et le fruit de leur inspiration.

La mouvance steampunk m’attire, mais à petites doses, car les auteurs tournent malheureusement très vite en rond. J’ai vu fleurir ce genre d’univers comme une mode sur les tables des libraires et j’avoue en avoir vite eu assez. Mais lorsque ce livre est paru, il m’a de suite fait de l’œil. Il s’agit d’un recueil comportant dix-sept nouvelles d’auteurs confirmés comme d’écrivains débutants.

Il faut d’abord souligner la qualité d’ensemble des textes. Que l’on aime ou que l’on aime pas certaines nouvelles, toutes sont globalement bien écrites et originales. Certes, des éléments reviennent souvent, mais leur utilisation dans l’histoire leur donne une originalité qui leur est propre. Les auteurs nous plongent dans des univers à la fois semblables et très différents. C’est cela le charme de ce genre de recueil, naviguer dans des univers à la fois nouveaux et vaguement connus. Un beau voyage en somme !

~ Focus sur… ~

Je ne peux m’empêcher de vous parler plus en détail de ma nouvelle préférée de ce recueil, celle écrite par Fabien Clavel intitulée Tourbillon aux Trois ponts d’or. L’auteur nous emmène dans la France du XIXe siècle au cœur d’une enquête comme on en écrit plus de nos jours. On y suit donc l’investigation de l’inspecteur Ragon qui, aidé d’un agent, se retrouve à devoir élucider un bien mystérieux crime. Le fantastique dans cette nouvelle se mêle à la réalité et à la minutie avec laquelle Fabien Clavel nous dévoile indice après indice le fin mot de l’histoire. J’ai vraiment pris un énorme plaisir à lire cette nouvelle car j’ai pu retrouver une histoire digne d’un Conan Doyle ou d’une Agatha Christie, car Ragon a l’œil d’un Holmes ou d’un Hercule Poirot.

C’est l’une des dix-sept nouvelles des Montres Enchantées. J’en ai apprécié certaines, d’autres moins. Mais je vous conseille vraiment ce recueil de qualité. Un petit plus qui fait toujours plaisir, la maquette de ce livre, aussi bien intérieure qu’extérieure, qui est vraiment très bien réalisée. 

Montres enchantées.- Collectif dirigé par Mathieu Guibé.- Ed du Chat Noir

En espérant que tu ne m’oublies jamais

Et si comme ce vieil homme vous receviez un appel téléphonique passé il y a 70 ans ?

Et si comme Bénédicte vous trouviez sous un sapin de noël un dé mystérieux qui peut prédire l’avenir ?

Et si vous deveniez gardien de cimetière et que trois jours par an une rose était déposée sur une tombe datant du XVIe siècle…

Que choisiriez-vous ? Chercher des réponses… ou fuir ?

C’est l’auteur lui-même qui a tenu à m’envoyer un exemplaire de son livre, et je le remercie pour sa confiance. En espérant que tu ne m’oublies jamais est un petit recueil de nouvelles très rapide à lire, environ 230 pages. Il est composé de neuf nouvelles aux thèmes très différents mais dont la tonalité fantastique est plus ou moins fortement présente.
J’ai parlé de la rapidité de lecture. Elle n’est pas seulement due à la faible épaisseur du recueil. L’écriture est fluide et chaque texte se lit très facilement. Je passerai sur les petites maladresses dans la syntaxe et le style d’écriture car Yohann Larousse est un jeune auteur dont En espérant que tu ne m’oublies jamais est le premier recueil de nouvelles. Et je trouve qu’il ne se défend pas mal du tout.
L’auteur propose donc neuf histoires aux thématiques variées allant de la modification du futur à la romance par-delà la mort. Les personnages mis en scène sont banals, des monsieur et madame-tout-le-monde dans des situations de la vie de (presque) tous les jours. On pourrait très bien être à leur place, et c’est le décalage créé entre la situation de départ et celle à laquelle doivent faire face les protagonistes qui est attirante.
Le sens de l’intrigue est bien maîtrisé, et bien souvent il s’agit de dénouements touchants. Car ce recueil est vraiment touchant. L’auteur y a mis tout son talent et son enthousiasme, et on le ressent dans la lecture. Un lecteur attentif sera sensible à cela et ne ressortira pas indemne de cette lecture qui, sans vous changer la vie, vous la fera envisager un peu autrement.

~ En Bref ~
En espérant que tu ne m’oublies jamais est un premier recueil prometteur et je vous invite à le découvrir car il a été pour moi une bonne surprise.
En espérant que tu ne m’oublies jamais.- Yohann Larousse.- Ed. Prem’Edit.- 2013

Ainsi commence la nuit



Merci à Vanessa Terral de m’avoir envoyé de bonne grâce la version epub de son recueil auto-édité. Certes, l’auto-édition signifie souvent une histoire peu ou pas intéressante et malheureusement remplie de fautes d’orthographe qui piquent les yeux. Mais ce n’est pas le cas de ce recueil ! L’auteur a écrit un roman déjà publié aux éditions du Chat Noir. Et les nouvelles de ce recueil ont été publiées pour certaines dans des fanzines. Apprêtez-vous à plonger dans les méandres de la nuit où la réalité se fissure parfois pour laisser place à un monde occulte…

~Mystères~
Carmilla est enfermée dans un asile psychiatrique dans lequel elle et ses compagnes sont rouées de coups et violées. Mais Carmilla est une sorcière et comptera bien prendre sa revanche.
Cette première ouvre le recueil. Le lecteur attentif retrouvera de nombreuses influences. Littéraires, avec le prénom de l’héroïne qui rappelle celui du roman de Sheridan Le Fanu (l’un des premiers auteurs à avoir traité du thème du vampirisme), mais également mythologiques avec la place centrale accordée à la femme dans nombre de rituels païens. Une lecture enrichissante !

~ Cet homme dans l’ombre du cyprès ~
Mélissa est en vacance en Grèce avec ses amis. Alors qu’elle traîne au bord de la mer pour profiter du coucher de soleil, elle rencontre Kleonikos, un mystérieux jeune homme qui la met en garde à propos d’une chose bien étrange…
Ca a été un plaisir pour moi de retrouver les légendes grecques alors que je ne m’y attendais pas. La fin de cette nouvelle constitue d’ailleurs l’extrait que j’ai choisi cette semaine. J’ai aimé cette nouvelle !

~ La fontaine des innocents ~
Isabelle est une jeune fille repliée sur elle-même. Chaque jour, elle accompagne son petit frère au parc où elle attend qu’il ait fini de s’amuser. Elle, elle lit. Mais sa passion est bien vite remarquée par un jeune garçon qui se met à l’écouter presque avec vénération…
Si ce recueil est destiné à apprendre au lecteur à observer ce qui l’entoure, cette nouvelle est le porte-parole de cette envie. On retrouve ici le point d’orgue de ce recueil. Remplie de poésie, cette nouvelle compte parmi mes favorites…

~ Red Cloud ~
Les vampires d’aujourd’hui ne sont plus solitaires. Ce sont de vraies organisations, presque des mafias, qui régissent les mœurs des suceurs de sang. Notre héros est l’un des leurs, et est chargé de traquer des vampires qui se montrent un peu trop… Entreprenants. Mais il manifeste un « don » un peu particulier…
Red Cloud est un peu singulière mais reste sympathique. Le ton est comique ce qui donne à ce texte une tonalité plus légère : même les morts des deux femmes n’assombrit pas cette ambiance qui tranche avec la morosité inhérente au personnage.

~ Et si un chat…~
Ils doivent l’arrêter avant qu’il ne réussisse à atteindre son ambassade. Il ne peut pas leur échapper. Ils connaissent trop bien la ville. Le Semblable gardera-t-il la vie sauve ?
Cette nouvelle retrace l’histoire d’une traque. Le lecteur est tenu en haleine tout au long de l’histoire. Et la comptine égrenée au fil des pages renforce cette sensation d’urgence. Néanmoins, il est difficile de comprendre sur le moment les subtilités de l’histoire, notamment les termes utilisés par l’auteur.
Mais j’aime cette nouvelle surprenante !

~ Chroniques vampiriques ~
Novella en plusieurs épisodes donc chacun raconte une étape des aventures d’Emmanuelle, vampire centenaire. Ici encore on retrouve les vampires. Mais ils correspondent au mythe classique : ils doivent se nourrir régulièrement, et vivent la nuit. Pas de « beaux/belles gosses-rebelles » mais des êtres sans remords et à l’instinct de chasseur.
On retrouve également de nombreux détails et personnages historiques : La Fayette, Les Templiers, et même Jeanne d’Arc ! On se laisse prendre par les quêtes d’Emmanuelle sans même s’en rendre compte !

~ En bref ~
Le style piquant de l’auteur et son humour allié à la poésie, la contemplation font de ce recueil une lecture vraiment agréable et surprenante ! Un gros plus pour les illustrations intérieures, fruit du travail de plusieurs auteurs très talentueux, avec une préférence pour la couverture ! <3

Fissures

Étrange, morcelée, craquelée, notre réalité se délite et nous entraîne dans son sillage. Les certitudes vacillent, les idéaux s’estompent et l’on contemple les fissures de ce monde que l’on croyait inébranlable. Il est plus tard que vous ne pensez, votre quotidien a déjà basculé.
Hiroshima : des rêves devenus réalité.
New-York : la dramatique attente d’un père confronté au coma de son fils unique. 
Londres : devenir trader, une revanche sociale ?
Londres again : une enquête qui ouvre de nouvelles perspectives.
Dunkerque : et si le carnaval révélait l’âme véritable d’une ville ?
Sauver ce monde… Ou l’accepter ?
Au fil de quinze récits, Jess Kaan vous convie à partager son univers, ses peurs, ses espoirs aussi… 
Venez.

Le recueil commence fort avec une nouvelle assez courte sortie tout droit d’un imaginaire digne de Lewis Carroll. La manière dont le fantastique s’intègre dans la réalité (parfois dure) du quotidien des personnages est tellement fluide qu’elle en paraît presque naturelle.
L’auteur, originaire du Nord, rend un bel hommage aux traditions de sa région à travers plusieurs coutumes : les carnavals des Flandres, les maisons d’auteurs… Tout est véridique et témoigne à la fois d’un vécu et de recherches approfondies sur le sujet.
Les protagonistes sont variés et permettent au lecteur de parfois s’identifier à leur caractère. Tous semblent incarner une humeur particulière : la colère, l’avarice, l’ambition, la luxure… C’est un véritable panel de la psychologie humaine que l’auteur nous dévoile à travers ces quinze nouvelles.
Dans Fissures, Jess Kaan revisite nombre de mythes et légendes de tous horizons : de Midas aux contes du petit peuple en passant par Lovecraft.
C’est sur ce point que le titre prend tout son sens : le réel s’altère et ouvre des portes menant à d’autres réalités dans lesquelles l’imaginaire est tangible.
Amis lecteurs, retrouvez donc dans ce recueil nombres de fantômes, animaux maléfiques, mages et autres zombies pour votre plus grand plaisir !
Ces quinze nouvelles sont en définitive -trop- rapides à lire ! Le style de l’auteur, direct et parfois incisif, a tout pour plaire et colle parfaitement à l’exercice parfois complexe de la nouvelle.
Jess Kaan accomplit avec Fissures l’exercice fastidieux de renouer avec la tradition du fantastique « classique » tout en y ajoutant une touche de modernité totalement personnelle.
Un très bon travail d’auteur en somme.

Fissures.- Jess Kaan.- Mai 2012.- 7€30.- Ed Lokomodo

Baroque’n’Roll


Après avoir beaucoup apprécié le premier roman d’Anthelme Hauchecorne, j’ai attendu avec impatience son ouvrage suivant. Je n’ai pas été déçue. Baroque’n’roll est un recueil de quinze nouvelles à l’humour acéré et désabusé.




Le procès d’un diablotin, un vampire séculaire battu par des enfants, un jardin d’Eden en jachère où vont les âmes des athées… Quinze portraits (presque) sans concession. Des dilemmes entre la vie et la richesse dans une mine, un drame lors d’un télé-crochet ressemblant étrangement à ce que l’on connaît, l’esprit critique du lecteur est sans cesse aiguillonné par les situations proposées par l’auteur de La Tour des illusions.
Le lecteur est ainsi placé devant le fait accompli et n’a plus qu’à rire (peut-être jaune parfois) devant ces saynètes aussi drôles que piquantes.

Traiter de sujets d’actualité en employant à la fois un registre humoristique et fantastique est à mon sens le meilleur moyen d’impliquer les lecteurs dans notre monde actuel. De plus, le genre fantastique est une manière de montrer en « miroir » les défaillances de notre monde actuel. Un parti-pris politique et moral qui transparaît de la plus drôle des manières pour nous faire prendre conscience de la fragilité des sociétés modernes.

L’écriture de nouvelles fantastiques est un exercice difficile que peu d’auteurs ont su mener à bien. Ce recueil fait partie du lot en alliant humour et dénonciation morale.

Baroque’n’roll.- Anthelme Hauchecorne.- Editions Midgard.- 2012.- 376 pages.- 15€50


La Tour des illusions est un livre paru en 2011 aux éditions Lokomodo. L’auteur nous délivre une vision interne de la future pauvreté française. SDF, personnes fragiles psychologiquement se retrouvent enfermées afin de subir d’étranges tests. C’est alors que se révolte une bien étrange tribut… des rats.