Le sang d’immortalité


Londres, fin du XIXème siècle. La capitale du Royaume-Uni est infestée de vampires. Mais depuis quelques temps, la donne a changé : les chasseurs sont devenus les traqués ! Quelque chose ou quelqu’un les assassine juste après l’aube alors qu’ils prennent du repos. Mr Asher est un éminemment universitaire officiant à Oxford. Sa vie est calme, il la passe aux côtés de la belle Lydia qu’il aime passionnément. C’est alors qu’un soir il reçoit la visite d’un mystérieux Don Ysidro, vieux vampire espagnol qui va le charger d’une enquête concernant la mort de ses semblables.
Asher se retrouve bien malgré lui obligé de mettre ses talents d’enquêteurs pour retrouver le meurtrier des créatures suceuses de sang.

Les romans de vampires sont légion de nos jours. Ils mettent en scène des adolescentes éprises de jeunes hommes mystérieux, ou bien les déboires amoureux de tout aussi jeunes vampires richissimes. Ce n’est pas le cas de celui-ci. Rares aujourd’hui sont les romans à se dérouler à l’époque victorienne.
J’apprécie les mélanges de genre, lorsqu’ils sont bien faits. Dans le Sang d’immortalité, le polar nous entraîne parfois malgré nous. Les légères touches fantastiques sont élégamment distillées en suivant le ton donné par l’enquête.
Passons maintenant aux créatures phares de cette histoire: les vampires. Comme dit plus haut, il s’agit d’un réel « retour aux sources » du vampirisme, celui d’Anne Rice mais surtout de Bram Stocker. Rien à voir donc aux ténébreux jeunes adolescents de Twilight… Cela donne à l’histoire une patine d’authenticité littéraire très difficile à trouver de nos jours dans les romans vampiriques.
Je trouve l’idée de faire des vampires des proies très bonne : cela sort le lecteur de sa passivité d’esprit et de sa gangue intellectuelle dans laquelle la littérature fantastique depuis le XIXe siècle l’a enfermée. Cela m’a intriguée, certes cela peut être une bonne idée pour un roman à l’histoire totalement ratée par la suite, mais là, le pari est réussi.
C’est un roman fantastique qui s’inscrit dans la directe lignée de Bram Stocker et Anne Rice, de ceux qu’il faut avoir dans sa bibliothèque vampirique !
Attention ! Pour notre plus grand plaisir, Le sang d’immortalité a été réédité aux éditions Mnemos !
Le Sang d’immortalité.- Barbara Hambly.- Ed Pocket (1994).- Ed Mnémos 2010, coll Icares

Le choix d’une vie : entre rêve et réalité (T1)


Deux vies… Deux êtres à part… D’un côté, Kyara… humaine, brillante étudiante, bien entourée par sa famille et ses amis : Gwen et Marco, sa vie n’est que bonheur jusqu’au jour où d’étranges évènements apparaitront dans son quotidien et, entre autres, des visions… De l’autre, Kay… mi sorcière mi vampire, elle combat les êtres de son espèce qui agissent contre les mortels, accompagnée de Gaïa, sa meilleure amie sorcière et Meven, son “sauveur” lors de sa transformation et intégralement vampire… Entre rêve et réalité, comment deux natures aussi différentes réagiront-elles face au choix d’une vie ?


Je voudrais tout d’abord remercier l’auteur, Astrid Lafleur, qui a eu la gentillesse de m’offrir les deux volumes de la saga Le choix d’une vie. A la lecture du résumé de ce premier tome, j’avoue avoir été un peu effrayée et refroidie par une créature mi-vampire, mi-sorcière (les hybrides, quand c’est mal écrit, ça fait pleurer les yeux). C’est donc curieuse que j’ai commencé ma lecture.
Chaque chapitre décrit le quotidien de deux jeune femmes : Kyara, l’adolescente à qui tout réussit, et Kay, une déesse mi-vampire, mi-sorcière, et ce en alternance. Ces deux récits parallèles au début vont lentement s’imbriquer l’un dans l’autre sans que le lecteur s’en aperçoive.

C’est d’ailleurs à mon sens l’un des points forts du livre. L’auteur a su créer deux mouvements. Le premier est celui, lent, de la vie quotidienne de Kyara dans un monde ouaté ou tout est beau et calme. Mais peu à peu, tout bascule sans que l’on puisse déterminer exactement le point de rupture.
Le second est beaucoup plus rapide au début : la vie trépidante de Kay, la chasseuse de vampires. Peu à peu, en revivant son passé, remontent en elle des souvenirs humains qu’elle croyaient enfuis.

Les deux mondes à priori totalement opposés se rejoignent peu à peu pour ne plus former qu’un imbroglio dans lequel le lecteur fouillera joyeusement pour tenter de deviner la décision final : le fameux « Choix d’une vie ».
Comment choisir en effet entre un monde « trop parfait » qui n’est pas sans rappeler celui du Truman Show, et un monde peuplé de vampires avides de sang ?

Ce roman prend parfois des allures de conte moderne, ce qui n’est pas pour déplaire aux amateurs du genre qui sont un peu curieux de nouvelles découvertes ! 🙂
N’ayant pas eu d’a priori au départ excepté à la lecture du résumé, je suis partie sur un jugement neutre. Il a changé, et en bien. De quoi me faire presque changer d’avis sur la littérature vampirique !

Le choix d’une vie, tome 1 : entre rêve et réalité.- Astrid Lafleur.- Rebelle Editions.-  2011

Le grimoire des loups-garous


Quelles sont les origines des loups-garous ? Comment les reconnaît-on ? Est-il possible de s’en débarrasser ? C’est à ces questions que tente de répondre Edouard Brasey dans ce grimoire suivi d’autres traités fameux de lycanthropie.



Les loups-garous hantent le folklore, les contes et la littérature depuis des siècles. Mais ces étranges créatures hybrides restent auréolées de mystère… Jusqu’à aujourd’hui. Édouard Brasey s’est proposé de lever le voile sur les lycanthropes en rédigeant ce grimoire. Lecteur, vous serez ainsi armé pour mieux les reconnaître et lutter contre eux !
~ De multiples catégories ~
Le lycanthrope sera étudié par l’auteur sous plusieurs angles : les origines du mythe, son apparence (pratique pour savoir si votre voisin est l’un des leurs!) et comment s’en débarrasser, la maladie éponyme, les loups-garous garous célèbres, ainsi que d’autres traités de lycanthropie datant de toutes les époques. De quoi passer de bonnes et instructives soirées !
Chaque article est écrit avec un soin témoignant des connaissances approfondies de l’auteur pour le sujet, que ce soit sur le plan mythologique, historique, ou même médical et sociologique. Le lecteur qui, plongé dans la lecture de ce merveilleux grimoire, sera tenté d’y croire.
~ Du côté de l’objet-livre ~
Ce livre a tous les aspect d’un authentique grimoire : une couverture rigide, du papier jauni, des pages inégales, une encre marron, tout est fait pour que le lecteur aie l’impression de posséder un exemplaire unique.
La mise en page a fait l’objet d’un soin particulier : tous les textes sont encadrés, et presque toutes les pages comportent une voire plusieurs illustrations.
Intérieur du livre (superbe illustration d’Odin)
Le grimoire des loups-garous est un livre aussi beau à voir qu’aussi intéressant à lire. A mettre entre toutes les mains, aussi bien celles des amateurs de ces créatures poilues que pour les autres !

Le grimoire des loups-garous.- Edouard Brasey.- Le pré aux clercs.- 2010.- 19€

Nephilim, Intégrale 1, les déchus

Ils sont sept immortels parcourant la terre depuis la Création. Ce sont les Nephilim, membres de la fraternité de l’Hepta et sont liés aux éléments : eau, terre, feu, air et lune. A présent chacun de leur côté mais liés par leurs pentacles, tous recherchent le but ultime : l’Agartha.

A Paris, la vie de Jennifer, une jeune étudiante, va changer. Aidée par Wag, un homme étrange, elle va devoir survivre aux attaques d’une mystérieuse organisation ayant pour but de détruire les êtres magiques. Pourquoi la visent-ils ?
Budapest, en plein hiver. Ezechiel, la froide chef de la police, doit faire face à une série de meurtres. Elle croise la route d’Azarian, un jeune chanteur de métal. Le jeune homme est-il coupable ? En sait-il plus qu’il ne veut en dire, ou est-il réellement impliqué ?

Je n’avais que de bons pressentiments en commençant ce livre. Rôliste, j’avais bien sûr entendu parler du jeu de rôle éponyme, que je savais de qualité. Le premier tome de Nephilim regroupe les deux premiers volumes publié auparavant de manière séparée.
La chose qui interpelle le plus à la lecture de ce roman est justement la double lecture que l’on peut en faire. Chaque chapitre démarre par des fragments des œuvres (ne serait-ce pas plutôt des mémoires) des différents Nephilim. Cela additionné aux information parsemées dans l’histoire permettra au lecteur de se familiariser avec l’univers complexe dessiné par l’auteur.
Un lecteur attentif notera les multiples références habilement utilisées par l’auteur : les contes bien sûr avec une adaptation surprenante mais brillante de Barbe-Bleue, version démoniaque. La Bible est aussi omniprésente dans l’histoire. Mais quoi de plus logique, lorsqu’on sait que les Nephilim apparaissent dès la Genèse de ce texte !
L’immersion dans l’histoire est vraiment facile, et les personnages, immortels ou non, sont vraiment attachants. C’est du au talent de l’artiste pour la création de caractères vraiment recherchés et approfondis. Vous aurez vite l’impression de faire partie de leur quotidien et de vivre les nombreuses péripéties à leurs côtés.
Peut-être que mes amis rôlistes auraient aimé une petite note à propos du jeu de rôle, mais une petite recherche Internet suffira à régler le souci.
En résumé : Nephilimest un très bon roman (ou le début d’une bonne série) à lire absolument, qu’on soit fan du jeu de rôle ou simplement de fantastique ! Nul besoin d’être connaisseur pour apprécier cette histoire vraiment facile d’abord et très immersive !
Mention spéciale pour la couverture.
Nephilim, intégrale 1, les déchus.- Fabiel Clavel.- Ed Mnémos.- 2012.- 23,5 €

Le livre des choses perdues

David est un garçon sage. Mais sa maman est mourante. Alors, pour l’empêcher de mourir, le petit garçon de douze ans respecte scrupuleusement les rites qu’il a mis en place, parmi lesquels les livres tiennent une place prépondérante. Mais sa mère meurt, et la vie de David va changer du tout au tout. Les livres lui parlent, et il rencontre un homme étrange et biscornu. Pour couronner le tout, le voilà passé dans un monde où plus grandes peurs des enfants prennent vie…

Beaucoup de choses à dire à propos de ce livre. Lorsque je l’ai terminé, j’ai eu du mal à retourner dans le monde actuel. Le livre des choses perdues est un savant mélange de nombreux contes : le Petit chaperon rouge, la Belle au bois dormant, Hansel et Gretel, mais aussi Alice au Pays des merveilles. L’auteur a su prendre le meilleur de chacun d’eux et le mélanger aux autres pour créer ce roman.
Si l’on s’attend au happy end comme dans la plupart des contes, tout ne paraît pas gagné lorsque l’on tourne les pages de ce surprenant roman. Chaque chapitre apporte son lot de péripéties, et l’auteur nous mène du bout de sa plume aux quatre coins de son royaume imaginaire fantastique que l’on visite avec un respect mêlé de crainte.
Les descriptions de ce texte dressent un monde sombre, inquiétant et grouillant de dangers. Il n’en est pas moins fantastique et inexplicablement attirant. John Connolly sait révéler nos peurs enfantines et s’amuse à les égrener au fil du texte. Attendez-vous à revivre les contes comme vous ne les avez jamais vus !
Des chapitres un peu longs peut-être, et des titres qui en révèlent trop sur le contenu. Je préfère généralement un mot bien choisi qui épaissit le mystère autour de son contenu. Malgré tout, ces titres donnent au livre le côté «19ème siècle » des romans d’aventure de l’époque.
Le titre de ce roman, Le livre des choses perdues, est bien choisi : à la fois un élément incontournable de l’histoire, il possède l’extraordinaire pouvoir d’extraire de la mémoire du lecteur toutes ces petites choses d’une enfance plus ou moins lointaine.
Avis aux amateurs de contes pour grands.

Le livre des choses perdues.- John Connolly.- Editions J’ai Lu.- 2010.- 7€60

Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi

Mathias est un jeune homme triste. Sa mère vient de décéder à l’hôpital. Quand il rentre chez lui avec sa famille, les ombres ont tout envahi, et essaient même de rentrer dans leurs cœurs.

Mais sur le parking de l’hôpital, Mathias fait une découverte qui va changer sa vie : un mystérieux géant qui va l’aider à supporter les ombres, et surtout l’absence de sa mère. Mais cet espoir de retrouver sa mère dans le monde du géant est-il vraiment sans danger ?
Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi est le premier roman de Mathias Malzieu, surtout connu pour être le chanteur du groupe français Dionysos. Les amateurs de ce groupe retrouverons d’ailleurs dans ce roman le style décalé propre à l’auteur.
A travers la tristesse de son histoire, l’auteur réussit à nous emmener dans son univers irréel et presque absurde, digne des films de Tim Burton. Des personnages ordinaires se mêlent à d’improbables alliés, comme le fameux Giant Jack (que l’on retrouve dans l’un de ses albums).
Plusieurs thèmes présents dans ce roman comme la mort, le deuil mais aussi l’amitié, sont traités avec sérieux mais dans une tonalité éminemment fantastique. Cela permet sans aucun doute d’apporter une vision moins abrupte de la réalité et d’aborder ces graves sujets avec un recul donné par la présence de ces petites touches décalées.
Si l’histoire est prenante, le style d’écriture est quant à lui court et incisif, et parfois absurde. Chaque mot écrit est comme un coup asséné par l’auteur dans l’esprit du lecteur. C’est comme un cri de désespoir sorti de la plume de Mathias Malzieu.
Le lecteur attentif pourra également ressentir une peur enfantine cachée derrière ces phrases courtes : celle de la disparition d’un parent proche et de l’inconnu qui arrive forcément après elle. Cette peur se retrouve tout au long du texte, par des tournures de phrases plus longues que les autres, ce qui pour moi accentue l’effet poignant de la lecture de ce roman.
La lecture de ce roman apporte beaucoup plus au lecteur qu’un long discours sur la mort de ceux que l’on aime et les meilleurs conseils pour l’appréhender.
Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi est un roman qui s’inscrit dans la digne lignée d’un Alice au pays des merveilles ou d’un film de Tim Burton. Mathias Malzieu mérite à être connu aussi pour son travail d’auteur.
Extrait :
« J’ai encore du mal à convoquer les beaux souvenirs, les autres me tombe dessus sans crier gare. (…) Les ombres continuent leur travail de sape. Elles me piquent les yeux et déversent des litres et des livres de souvenirs bien récents – les pires. »

Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi.- Mathias Malzieu.- Flammarion.- 2005.- 15€

Le bouclier obscur


Uther est un homme des plus ordinaires : informaticien, enseignant et agnostique convaincu. Il partage sa vie entre ses cours, la lecture de romans fantastiques et les jeux vidéos. Jusqu’au jour où il se retrouve confronté à un étrange virus informatique qui diffuse des images de plus en plus atroces.

Uther alors se retrouve embarqué dans des aventures plongeant de plus en plus profond dans un univers digne des romans fantastiques les plus sombres.


Qui ne connaît pas John Lang, le créateur du fameux univers de Naheulbeuk ? L’auteur nous dévoile dans Le Bouclier obscurune autre facette du chaos dont il a tiré son nom de plume.
Si vous vous attendiez à de l’humour, ce roman n’est pas pour vous. Sauf si vous l’appréciez noir et piquant, peut-être.
L’histoire s’enchaîne rapidement, et comporte quelques « interludes » coupant les actions les plus palpitantes. Deux avantages à cela selon moi : garder le suspens à la manière d’une page de publicité (en bien plus passionnant je vous rassure) et éclairer le lecteur petit à petit sur la suite de l’histoire.
La trame de fond semble si cohérente qu’on aurait presque envie de croire que cela pourrait arriver. Tout est mis en scène dans ce sens : le virus informatique, les confréries secrètes, des meurtres que les autorités font passer pour des actes terroristes… John Lang a vraiment pensé à tout.
Ce rôliste invétéré a su dans son roman dresser des descriptions précises de scènes variées, mais aussi de rituels. De la même manière, les dialogues sont naturels sans superflu, ce qui facilite la lecture et l’immersion du lecteur dans l’histoire.
Celui-ci aura d’ailleurs l’impression de sentir l’odeur des cadavres et d’entendre les gémissements de douleur des suppliciés.
Le Bouclier obscur est un roman à mettre entre les mains de lecteurs éclairés – et avertis. 

Le bouclier obscur.- John Lang.- 244 pages.- Editions Physalis.- 2012

Fissures

Étrange, morcelée, craquelée, notre réalité se délite et nous entraîne dans son sillage. Les certitudes vacillent, les idéaux s’estompent et l’on contemple les fissures de ce monde que l’on croyait inébranlable. Il est plus tard que vous ne pensez, votre quotidien a déjà basculé.
Hiroshima : des rêves devenus réalité.
New-York : la dramatique attente d’un père confronté au coma de son fils unique. 
Londres : devenir trader, une revanche sociale ?
Londres again : une enquête qui ouvre de nouvelles perspectives.
Dunkerque : et si le carnaval révélait l’âme véritable d’une ville ?
Sauver ce monde… Ou l’accepter ?
Au fil de quinze récits, Jess Kaan vous convie à partager son univers, ses peurs, ses espoirs aussi… 
Venez.

Le recueil commence fort avec une nouvelle assez courte sortie tout droit d’un imaginaire digne de Lewis Carroll. La manière dont le fantastique s’intègre dans la réalité (parfois dure) du quotidien des personnages est tellement fluide qu’elle en paraît presque naturelle.
L’auteur, originaire du Nord, rend un bel hommage aux traditions de sa région à travers plusieurs coutumes : les carnavals des Flandres, les maisons d’auteurs… Tout est véridique et témoigne à la fois d’un vécu et de recherches approfondies sur le sujet.
Les protagonistes sont variés et permettent au lecteur de parfois s’identifier à leur caractère. Tous semblent incarner une humeur particulière : la colère, l’avarice, l’ambition, la luxure… C’est un véritable panel de la psychologie humaine que l’auteur nous dévoile à travers ces quinze nouvelles.
Dans Fissures, Jess Kaan revisite nombre de mythes et légendes de tous horizons : de Midas aux contes du petit peuple en passant par Lovecraft.
C’est sur ce point que le titre prend tout son sens : le réel s’altère et ouvre des portes menant à d’autres réalités dans lesquelles l’imaginaire est tangible.
Amis lecteurs, retrouvez donc dans ce recueil nombres de fantômes, animaux maléfiques, mages et autres zombies pour votre plus grand plaisir !
Ces quinze nouvelles sont en définitive -trop- rapides à lire ! Le style de l’auteur, direct et parfois incisif, a tout pour plaire et colle parfaitement à l’exercice parfois complexe de la nouvelle.
Jess Kaan accomplit avec Fissures l’exercice fastidieux de renouer avec la tradition du fantastique « classique » tout en y ajoutant une touche de modernité totalement personnelle.
Un très bon travail d’auteur en somme.

Fissures.- Jess Kaan.- Mai 2012.- 7€30.- Ed Lokomodo

Sex, drugs & Rock’n’Dole

C’est un évènement dans la petite ville de Dole : Edie, l’égérie de la scène gothique est en concert avec son groupe. Elle a tout renié pour connaître la gloire, même son âme. Après un retard de plusieurs heures, les premières notes retentissent dans la salle. Mais un phénomène étrange se produit : la foule en liesse se trouve plongée dans une transe fiévreuse. Les corps se mêlent, et tous les spectateurs adoptent un comportement étrange. Le lendemain, tous les médias se déchaînent sur l’évènement  Edie a disparu, et toutes les personnes, musiciens compris, n’ont aucun souvenir de la soirée écoulée.

Sauront-ils retrouver Edie ? Et même, retrouver simplement leurs souvenirs ?

Amis lecteurs, laissez-vous mener dans cette histoire à travers différents personnages : Edie bien sûr, mais aussi un membre de son groupe, des spectateurs, des roadies et même des motards.

Chacun possède des bribes de souvenirs de la soirée. C’est sur cette idée que l’auteur a construit ce récit, en morcelant l’histoire en épisodes. Cette construction, ingénieuse, garde le lecteur en haleine jusqu’au bout du texte et à continuer sa lecture à la fin de chaque paragraphe.
Jean-Pierre Favard nous apporte ici un récit prenant dans lequel le fantastique est savamment distillé. A travers un livre plus précisément, qu’Edie reçoit d’un mystérieux admirateur belge. S’en suit la description d’un rituel magique complexe et son but : la célébrité.
Mais la recherche de la célébrité a une contre-partie : un marché avec le diable et la perte de son âme. Edie va-t-elle rentrer dans le club très fermé des « morts à vingt-sept ans » ?
Sex, drugs & Rock’n’Dole est un bon roman d’un auteur à ne pas laisser passer.

Sex, drugs & Rock’n’Dole.- Jean-Pierre Favard.- 143 pages.- Ed. La Clef d’Argent.- 12€

Les aventures fantastiques d’Hercule Barfuss

Par une sombre et froide nuit de l’hiver 1813, le Destin joue à un jeu cruel. Dans une maison de passe, deux enfants naissent en même temps. Henriette, une petite fille belle et saine, et Hercule, un petit monstre difforme. Ils grandiront ensemble dans la relative sécurité de la maison de Madame Schall. Hercule, sourd et muet de naissance, est doté d’un pouvoir extraordinaire : il lit dans les pensées.
Mais cela ne pouvait pas durer. Suite à une série d’incidents révélant son existence, Hercule est arrêté et enfermé dans un asile, puis libéré et admis dans un couvent. Tout se complique dès son voyage à Rome durant lequel il sera dénoncé comme créature du Malin. S’en suivra alors une fuite continuelle à la recherche d’un bonheur perdu… Retrouvera-t-il son Henriette chérie ?

Les aventures fantastiques d’Hercule Barfuss s’inscrit dans la lignée des feuilletons du 19ème siècle. Entre la satyre sociale et le roman d’aventures, l’auteur dresse aussi une réflexion sur la perception du monde, mais également sur la « normalité » de l’humanité.
Le réalisme avec lequel est racontée l’histoire est prenant : les lieux existent réellement, par exemple pour Martha’s Vineyard,qui a réellement été la première communauté américaine de sourds.
Il en va de même pour les personnages : toute l’ambiguïté du genre humain est rendue dans les pages de ce roman. L’exemple le plus évident est le protagoniste, Hercule Barfuss. Rejeté, craint et même haï et persécuté par l’église à cause de son physique difforme, le lecteur ne pourra ressentir qu’empathie pour cet être avec lequel la nature n’a pas été tendre. Néanmoins, il pourra être saisi d’effroi quand il apprendra les actes commis à l’aide de son pouvoir.
Il est donc difficile dans ce roman d’aimer ou de détester totalement les personnages : tous ont des qualités indéniables mais également des travers bien visibles. Un bel exemple de réalisme.
Mais le fantastique n’est pas totalement absent des Aventures fantastiques d’Hercule Barfuss. Il est télépathe. Cette dimension imaginaire n’est toutefois pas dénuée de fondement : on en revient à toute la réflexion sur la parole et l’importance somme toute relative des mots par rapport aux idées.
J’ai apprécié cette lecture et la recommande à tous les amateurs de feuilleton, mais également pour ceux que la religion et en particulier l’Inquisition intéresse… 

Les aventures fantastiques d’Hercule Barfuss.- Carl-Johan Vallgren.- 2010.- Ed livre de poche.- 7€60